19 janvier 1862

« 19 janvier 1862 » [source : BnF, Mss, NAF 16383, f. 18], transcr. Brigitte Siot, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.794, page consultée le 09 août 2026.

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Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour dessus et dessous tes couvertures où tu dois être encore, je l’espère, si tu as la moindre perception du froid qu’il fait dehors. C’est à ce point que je n’en aia pas encore ouvert mes fenêtres malgré les agaceries du soleil. Quand je t’aurai gribouillé ma RESTITUS, j’ouvrirai tous mes sabords et je mettrai toutes voiles dehors ; mais, autrement, je sens que l’onglée tourne autour de mes doigts pour tâcher de les mordre et me faire lâcher prise et je ne veux pas lui céder. Cher petit homme, j’espère que tu as passé une bonne nuit et que tu n’as pas de mal de tête ni ailleurs ce matin ? Ah ! voici que j’entrevois votre cher petit galbe rose à travers vos carreaux. Si j’en juge par la couleur et la vivacité de vos mouvements vous devez vous porter comme un charme… que vous êtes. À propos de charme, vous nous en avez montré, ou plutôt fait entendre un hier au soir auquel personne ne pourra résister. Quelle merveille de grandeur et de sublimité que cette mort du conventionnel1 et quel bonheur de l’entendre lire par toi ! Il semblait que les paroles sortaient lumineuses de ta bouche comme les pensées dans ton cerveau. C’était un vrai éblouissement pour moi et il me semblait que c’était la première fois que je faisais connaissance avec ce chapitre splendide que je sais pourtant par cœur. Merci, mon adoré, merci, merci en mon nom et au nom de l’humanité toute entière pour laquelle ce livre sera un soleil moral aussi bienfaisant que l’autre l’est pour la nature. Je t’adore.


Notes

1 Il s’agit du chapitre des Misérables où Mgr Myriel se rend au chevet du conventionnel G., et reçoit sa bénédiction (I, I, 10, « L’évêque en présence d’une lumière inconnue »).

Notes manuscriptologiques

a « n’en n’ai ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle se délecte du succès public des Misérables.

  • 10 marsPremier dîner des enfants pauvres.
  • 3 avrilParution de la première partie des Misérables.
  • 28 juillet-26 septembreVoyage au Luxembourg et sur les bords du Rhin